• Tout vient trop tôt à qui sait attendre

    Ici, pas besoin de quotas de parité, les femmes sont surreprésentées. Ce sont les reines, tout le monde est aux petits soins pour elles. Assises en cercle dans le vestibule, juste devant l'ascenseur, on jurerait qu'elles sont en pleine réunion. Pourtant c'est le silence qui prédomine. Pas celui qui vient mettre fin à une discussion animée, ni même celui de la réflexion ou du repos. Ici, le silence est un état, une deuxième nature. C'est aussi bien souvent leur plus fidèle compagnon. Celui qui leur tient compagnie le temps d'attendre. Le repas. La sieste. La toilette. Le dîner. La nuit. La fin.

     

    Ma grand-mère pourtant rompt ce silence lorsqu'elle me voit m'approcher d'elle pour l'embrasser. Elle me demande ce que je fais là, je lui dis que je suis venu la voir. Elle a l'air contente et je l'embrasse avec joie. Puis elle me demande si la nourriture est bonne, me dit que c'est la première fois qu'elle vient ici. Elle me confie qu'on lui a dit que c'était pas mal mais qu'il fallait attendre de voir. Attendre, toujours. Pour ma part, après quelques autres mots incohérents échangés, je n'ai plus très envie d'attendre.

      

    Je la salue, la prends une dernière fois dans mes bras et quitte l'Ehpad dans lequel elle vit depuis plusieurs années avec une furieuse envie de retrouver quelques instants la grand-mère de mes souvenirs. Juste le temps de pleurer un peu et d'accepter. D'accepter que le temps passe et d'accepter qu'un jour ce sera à mes parents d'attendre. A mes sœurs mon frère et moi. A mes enfants. Jusqu'à quand ? Jusqu'à quoi ?


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