• Extinction des feux

     

    Il est 20 heures 30. Je monte pour vérifier que les préparatifs de coucher avancent bien et me dirige vers la salle de bains. Mon fils aîné se brosse les dents.

     

    Quand il me voit, il ouvre sa bouche pour me montrer son aphte. Puis, il me demande d’ouvrir la mienne : « qu’est-ce que t’as là ? »

     

    Quand je lui dis que j’ai des caries, je le sens inquiet, j’essaye de le rassurer tandis que je l’accompagne jusqu’à son lit : « je me brossais pas toujours les dents quand j’étais petit et ça m’arrivait de manger des bonbons. Et puis, quand on vieillit, les dents se gâtent un peu mais t’inquiète pas, ça fait pas mal. »

     

    Tout à coup, son visage se contracte et se mue en une affreuse grimace : « Papa, pourquoi t’as des cheveux un peu gris ? » Il se met ensuite à pleurer et je sens à ses sanglots et à son regard qu’il envisage la fin.

     

    On est parfois sans solution quand on imagine sa propre mort mais quand elle est envisagée par ses enfants, le désespoir prend étrangement la forme de l’absolu.

     

    C'est aussi ça être parent : être capable de soutenir l'horreur de sa propre mort dans l’œil de ses enfants.

     


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