• On ne s'était rien promis, on ne s'était pas dit rendez-vous dans dix ans. Ceux qui étaient là avaient simplement envie de rester fidèles à ce qu'ils ont été, de ne pas se renier, de ne pas briser le fragile fil qui les relie à leur vie d'avant. Des résistants à la résignation, celle qui nous fait croire que rien n'a de sens, que notre présence ne changera rien, que tout se vaut. Nous n'avons pas refait le monde, nous ne sommes plus si naïfs, mais nous avons refait notre monde, en lui redonnant, l'espace d'une soirée, des couleurs plus vives, en le remplissant du bruit de nos retrouvailles, en nous racontant parfois ce que nous savions déjà, juste pour le plaisir de la complicité.

     

    J'ai savouré chaque instant, j'ai scruté, mi-ému, mi-étonné, ces ex-adolescents désormais si mûrs, ces anciens inconnus sur qui la Providence m'a demandé de veiller avec un soin particulier, ces enfants que j'aurai eus avec le destin. Dehors, l'équivalent d'un mois de pluie qui s'abattait dans les rues de Paris semblait vouloir cacher aux non initiés ce qui se jouait à l'intérieur : une vingtaine d'anciens élèves et leur professeur communiant dans la volonté de faire revivre le passé et de lui donner une place dans le présent.

     

    J'ai fait tout mon possible pour suspendre le temps mais s'il s'est parfois laissé faire, c'était pour mieux me faire payer l'addition en retombant sur le sol. Qu'importe, il a vite mis fin à ce moment mais il ne pourra rien contre notre envie de le ressusciter.

     

     


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  • Hier soir, vers 23 heures, mon fils aîné est descendu en larmes. Il venait de rêver que sa petite sœur était morte et que pour en garder le souvenir, il écoutait en pleurant « Endors-toi petit ange », une comptine qu'il écoutait lui-même lorsqu'il était plus jeune. J'ai repensé à cet amour fébrile de grand-frère, à ces cauchemars horribles que j'ai pu faire au sujet de mon petit-frère, de quatre ans mon cadet, notamment celui où les voisins sonnaient à notre porte l'air abattu pour nous présenter sa dépouille recouverte d'un lange.

     

    J'ai repensé aux angoisses que je pouvais ressentir avant de m'endormir en me remémorant la noyade à laquelle il avait échappé. J'ai repensé aux paroles de cette chanson de Michel Berger qui, pour reprendre les mots de Hugo, "me parlent de moi" à chaque fois que je l'écoute : « Pour me comprendre, il faudrait savoir le décor, De mon enfance, le souffle de mon frère qui dort ». J'ai tenté d'expliquer à mon fils à quel point c'était beau d'aimer sa sœur comme ça. La chance que c'est d'avoir suffisamment d'écart avec elle pour profiter pleinement des différentes phases de son enfance. Je lui ai raconté la joie que c'était également pour moi de revenir du collège et de me souvenir sur le pas de la porte que ma petite sœur de 12 ans de moins que moi m'attendait à la maison.

     

    Mais je ne lui ai rien dit de la douleur que c'est de voir grandir et vieillir chaque jour ceux qu'on aime avec la certitude de la séparation. Et je ne lui ai pas lu non plus les mots de Pagnol que j'ai découverts à son âge dans Le Château de ma mère : « Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins ». Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants ».

     

     

    .Il aura tout le temps de s'en apercevoir.


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